Le réchauffement dans les Alpes

 Afin de répondre à des demandes récurrentes de ses partenaires, l'Observatoire a développé un indicateur sur l'évolution de la température pour l'ensemble des Alpes françaises. Les données proviennent de plusieurs sources et ont été agrégées afin d'obtenir un indicateur synthétique, présenté sous forme graphique. L'intérêt est de disposer d'une série de températures débutant en 1900 et actualisable chaque année.
Cet indicateur est une exclusivité de l'Observatoire.

Les tendances d'augmentation des températures entre 1900 et 2016 sont les suivantes :

Alpes françaises : +1.97°C
Alpes françaises du nord : +2.1°C
Alpes françaises du sud : +1.88°C

La tendance mesurée sur les Alpes française est deux fois supérieure à celle de la moyenne mondiale (+1.1°C)

L'écart entre les tendances des Alpes du sud et des Alpes du nord provient du fait que le réchauffement a été moins important en hiver (décembre-février) dans les Alpes du sud. La tendance est par contre identique le reste de l'année. Le réchauffement peut donc être considéré comme quasiment uniforme sur l'ensemble des Alpes françaises, et plus largement, sur le sud-est de la France.

 

Sources  :
- Séries homogénéisées du programme Histalp pour les Alpes du nord et les Alpes du sud, de 1900 à 2007.
- Séries homogénéisées des stations de mesure Météo-France de Bourg-Saint-Maurice (73) et d'Embrun (05), de 1950 à -
Les biais statistiques résultants de cette agrégation n'ont pas été considérés comme significatifs, la variabilité générale et les correspondances annuelles étant très représentatives. Les tendances sont identiques à celles d'autres stations de mesure alpines, du sud-est de la France et du sud-ouest de la Suisse. 




NOUVEAU : Afin de diversifier les options graphiques, l'Observatoire vous propose cette représentation basée sur un jeu de dégradé de couleur et une moyenne quadriennale qui permet de visualiser de façon optimale les grandes périodes chaudes ou froides depuis 1900.

 

 

 

 Rappel méthodologique sur les normes climatologiques

Des questions récurrentes sont posées sur l’emploi de telle ou telle période de référence dans le calcul des anomalies de températures et leurs représentations graphiques. L’Observatoire vous propose quelques éléments de réponse et d’éclaircissement. Ils s'inspirent d'une note de l'OMM disponible ici ou pour les parties choisies.

Tout d'abord, quelques notions de climatologie. Il faut en effet bien distinguer le climat, c’est-à-dire la distribution statistique des conditions de l'atmosphère dans une région donnée pendant une période donnée, et son évolution, appelé changement climatique, ou changement climatique d’origine anthropique quand l’évolution est imputée aux activités humaines et les émissions de gaz à effet de serre. On peut facilement caractériser cette évolution de la distribution statistique en calculant des tendances (orientation générale d'une série d'observations à la hausse ou à la baisse sur une période assez longue) visualisables grâce aux courbes de tendance linéaire ou de moyennes mobiles sur les graphiques de l'Observatoire, ou encore en calculant l'écart de température entre deux périodes climatiques.

Le climat d’une région (climat méditerranéen, océanique, continental, montagnard, etc) est le climat actuel. Pour le caractériser, le décrire, le normer, il est utile d’utiliser une période de référence unique et internationale. Cette période est calculée sur 30 années, pour diverses raisons pratiques et scientifiques (détails dans le document de l’OMM). Et puisque le climat change (de manière naturelle ou non), il est indispensable, tous les 10 ans, de changer la période de référence pour la caler sur le présent afin de mieux décrire le climat présent. Ainsi, les anomalies (écarts) sont aujourd’hui calculées sur la période de référence 1981-2010, et en 2022, la période 1991-2020 sera alors utilisée. Les fiches climatologiques de Météo-France qui décrivent le climat d’un lieu utilisent ainsi la période de référence 1981-2010.

Mais un problème subsiste : pour caractériser un climat en évolution et montrer cette évolution, il faut comparer le présent avec le passé, hors l’utilisation d’une période de référence caractérisant le présent entraîne ce paradoxe de comparer le présent avec le présent lorsque l'on actualise les données (ex : comparer l'année ou la décennie en cours avec la période de référence dans laquelle elle est inscrite). C’est pourquoi il a fallu déterminer une période de référence de base, qui ne changera pas, et qui représente un climat passé. C’est la période 1961-1990 qui a été choisi par l’OMM, et ce pour plusieurs raisons : c’est une période dont la moyenne des températures est assez proche de celle de la période 1850-1980, elle précède la forte montée des températures à la fin des années 1980, elle fut stable climatologiquement, et d’un point de vue historique, contemporaine du développement des sociétés humaines et de ses activités.

Ainsi, lorsque l’objectif est de montrer l’évolution du climat sur le long terme afin de comparer le climat actuel avec le climat passé, il est recommandé d’utiliser la période 1961-1990 comme période de référence. C’est une recommandation de l’OMM qui ajoute « À moins d'une justification scientifique solide, cette base de référence ne changera pas. »

L’Observatoire a choisi de suivre les recommandations de l’OMM. Météo-Suisse a choisi de présenter les deux périodes, mais Météo-France ne suit pas cette recommandation pour des raisons d'homogénéité entre organismes nationaux. Dans l’absolu, ces différences ne changent rien aux constats mais la comparaison des anomalies entre organismes devient plus compliquée. L’Observatoire a ainsi choisi de donner les valeurs d’anomalies de température pour les deux périodes dans ses notes, mais les graphiques restent calés sur la période 1961-1990 afin de mieux visualiser l’évolution climatique et la comparaison entre le climat passé et le climat présent, dit «réchauffé».

Il reste enfin une troisième difficulté dans l’usage des périodes de référence, avec les projections climatiques sur le futur. Ces projections nous proposent les écarts de températures entre des « horizons temporels » comme 2020-2050 ou 2070-2100, et des périodes de référence présentes ou passées. Il est ainsi judicieux de se baser sur la période 1961-1990 pour avoir des écarts englobant l'ensemble du réchauffement, mais nous avons aussi besoin d'établir ces comparaisons avec le présent, notamment sur la question des objectifs climatiques (le fameux « rester en dessous des +1.5°C » de la COP21, mais +1.5° C par rapport à quand ? Et bien, au présent...). Les modélisateurs ont répondu à cette attente et aujourd’hui les écarts de  températures futurs sont indiqués par rapport à la période 1976-2005 (voir le site DRIAS). Cette période est représentative du climat présent en intégrant le réchauffement des températures mesuré à la fin des années 1980.
Malgré tout, cela rajoute encore une nouvelle période de référence, sans oublier que les températures ont aussi augmenté durant la décennie 2005-2016...

En conclusion, cette multiplication des périodes de référence répondant à divers objectifs doit surtout vous inciter à la plus grande prudence lors de l'interprétation des informations fournies par les différents services climatiques, en vérifiant du mieux possible quelles sont les périodes de référence utilisées et les méthodes de calcul.